Les détectives privés, qui contemplent avec fierté chaque décision de justice favorable arrachée de haute lutte, savent que leur travail est salutaire et sans égal.


Exercer notre profession, c’est embrasser un circuit imprévisible, où chaque trajectoire redéfinit l’art de rester en piste. Chaque virage dissimule son lot de chausse-trappes, défiant l’adresse et la persévérance.

Au sortir d’une formation intense qui nous coûte dans tous les domaines, particulièrement pour les reconvertis d’une seconde ou d’une troisième carrière ; nous voilà lâchés seuls sur le bitume.
Notre seule arme ? Un diplôme.


À l’instar de toute profession libérale, nous prenons notre envol, bâtissons notre réseau et nous faisons un nom pour attirer nos premiers clients, animés par l’impatience de mettre nos compétences et notre
détermination au service de leurs intérêts.
Encore inexpérimentés et idéalistes, nous demeurons ignorants de ce qui nous attend, car nul ouvrage ni discours académique ne saurait retranscrire fidèlement les réalités d’un domaine si méconnu et souvent dépeint de manière fallacieuse.

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Premier virage et premier tir derrière la nuque : un avocat nous lance des carapaces rouges, indiquant à son client – notre prospect – qui s’en remet à son avis que nous ne lui serons d’aucune utilité. Traduction du conseil juridique : la bourse du client n’est pas étanche et sera plus au sec dans ses tiroirs. La poche bien garnie mais le dossier creux, il restera sourd à nos appels. La frappe ajustée nous a bousculés, mais nous revoilà de retour dans le game.

Après une reprise prometteuse où nous regagnons quelques positions, une peau de banane surgit au deuxième virage et nous éjecte dans le décor. Le fruit dénudé est brandi frénétiquement par une cible
hystérique que nous avions discrètement suivie, un jour, pour les besoins d’une enquête parfaitement légale. Oubliée de notre côté mais pas du sien, elle a porté plainte pour atteinte à la vie privée après
avoir pris connaissance des preuves qui l’incriminaient, estampillées de notre sceau.

Nous voilà embarqués dans une interminable procédure qui finira bien par nous donner raison, mais qui exigera un lourd tribut de temps et d’argent.

Dans le bras de fer acharné pour redresser le volant et aborder le troisième virage qui mènerait à un tour additionnel, nous cherchons des champignons énergisants auprès des organismes censés nous soutenir. Mais ces forces, éclatées et discordantes, échouent à répondre à nos attentes. La maigre pousse avalée n’offre qu’un sursis fragile, tandis que notre véhicule éprouvé par les chocs reste un mystère quant à l’étendue des dommages qu’il a subis.

La compétition continue, la visibilité est optimale. Nous faisons halte aux stands, espérant une relance d’information, droit légitime de tout coureur.

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Mais celui qui devrait nous orienter s’avère non seulement incapable de remplir son rôle, mais ose de surcroît nous affirmer que nous ne sommes pas autorisés à disposer de ce renseignement. Plutôt que de gaspiller davantage de ressources, nous repartons, freinés par cet arrêt inutile.


Au moment où la ligne d’arrivée paraît enfin à portée de main, un éclair fend le ciel, nous frappe de plein fouet et nous réduit à une échelle dérisoire. En une fraction de seconde, nous voyons s’évaporer toutes les positions durement acquises. Le Dieu nommé CNAPS, sans crier gare, vient de lancer sa foudre au beau milieu de notre renouvellement d’agrément. La raison ? Le dérapage au deuxième virage, malgré une décision de justice en notre faveur. Il lui faudra sans doute un temps considérable pour se laisser convaincre par l’évidence, et nous voici – une fois de plus – contraints de subir un retard équivalent à deux tours supplémentaires.

Nous aspirons tous à décrocher cette étoile, promesse d’une éphémère parenthèse d’invincibilité, mais elle reste hors de portée. Dans l’espoir de la dénicher, nous agrippons le volant avec sang-froid et prudence, car chaque virage épousé sans glisser est déjà un triomphe à célébrer.

Quatre saisons à plein régime, les mains résolues à négocier chaque courbe de ce circuit que je connais désormais comme les lignes de ma propre paume. Et pourtant, pas une année sans embardées.
Le cardan pourrait percer, le flanc arrière droit exhibe ses larges éraflures, mais la direction qui reste d’une fiabilité exemplaire m’insuffle une ténacité inébranlable.

Boucle après boucle, je trace, mais ici, tous les stratagèmes sont permis et les appuis manquent à l’appel. Combien de temps encore saura-t-on conserver l’élan ardent des premiers tours ?
J’observe avec amertume certains concurrents déclarer forfait. Comment le leur reprocher ? Liés par des règles aussi rigides qu’un rail, mais dénués de tout levier pour s’élever, ils se retrouvent prisonniers
d’un parcours dont les balises n’ont plus de raison d’être.

Pourquoi est-il donc si ardu de courir sans obstacle ? Et si le bon déroulement des choses dépendait de nous, après tout ? Avons-nous vraiment le potentiel et la volonté de nous y atteler ? Sommes-nous
capables de rassembler nos forces ? Qui nous empêche de renforcer la carrosserie de notre bolide, d’optimiser son équipement, d’en accroître la puissance ?

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À mes compagnons d’asphalte, je confie que l’union et la vigueur d’un même mouvement sont nos seuls alliés pour conquérir le circuit et y progresser sans entrave.


Ceux qui lisent ces mots reconnaîtront, sous le voile métaphorique, le bruit sec des roues dérapant sur des peaux de banane ; l’impact cuisant d’une carapace à l’arrière du cou ; la frustration de mycètes ingurgités sans effet ; l’exaspération face à des assistants aussi inutiles qu’un pneu crevé et l’écrasante
omniprésence de la divinité CNAPS, qui, au lieu d’équilibrer assistance et contrôle, se contente de peser, toujours davantage, sur nos épaules fatiguées. Nous brûlons notre carburant à justifier chaque réparation,
tandis que tout semble minutieusement conçu pour abîmer le véhicule, ou à tout le moins pour laisser son usure suivre son cours sans le moindre effort pour l’enrayer.


Nous devons, sans hésiter, maintenir notre allure avec fierté, le regard fixé sur l’horizon ; convaincu d’être les seuls à connaître le véritable chemin de nos aspirations et les seuls capables de franchir la ligne d’arrivée aux commandes d’une machine rutilante.


Notre écurie n’abandonnera pas. Nous ne courons pas pour la gloire. Nous ne courons pas pour la récompense. Beaucoup d’entre nous – moi la première – courent simplement parce que c’est ce que nous
faisons de mieux. Parce que s’arrêter n’a jamais été et ne sera jamais une option.

À bon lecteur de la pensée implicite, avant qu’elle ne prenne voix.

Article écrit par Carole Frémy, Directrice de l’agence CF Investigations.
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